Décryptage

Baux commerciaux 2026 : plus difficile pour le locataire d'échapper à la clause résolutoire

Rédigé par Emy

16 Aug 2026

10 min

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, publiée au Journal officiel le 27 mai, réforme plusieurs équilibres du statut des baux commerciaux. La mesure qui a le plus d'incidence concrète pour un commerçant ou un artisan en difficulté de trésorerie : le durcissement des conditions de suspension de la clause résolutoire.

Une réforme qui touche plusieurs équilibres du bail commercial

Le texte modifie notamment :

  • la mensualisation du paiement du loyer,
  • le plafonnement et la restitution des garanties locatives,
  • la validation des clauses d'indexation dites « tunnel »,
  • le recentrage du droit de préférence du locataire,
  • le durcissement des conditions de suspension de la clause résolutoire.

Cette dernière mesure est celle qui change le plus concrètement la donne pour un commerçant ou un artisan confronté à des difficultés de trésorerie.

Clause résolutoire : deux conditions cumulatives pour obtenir un délai

La clause résolutoire permet au bailleur de faire constater la résiliation du bail en cas de loyers impayés, après un commandement de payer resté sans effet.

Jusqu'ici, un locataire pouvait demander au juge des référés un délai de paiement suspendant les effets de cette clause, de façon relativement souple.

Depuis le 28 mai 2026, la loi impose deux conditions cumulatives pour obtenir cette suspension :

Condition Ce qu'il faut apporter
Justifier de sa capacité à régler la dette locative Un compte d'exploitation prévisionnel ou une attestation d'expert-comptable
Avoir repris le versement du loyer courant Le règlement intégral, avant la date de la première audience

Ces deux conditions sont cumulatives : l'absence de l'une des deux suffit à faire échouer la demande de délai.

À noter : la lecture stricte du texte n'exige pas que les charges courantes soient déjà réglées, seulement le loyer. Une nuance qui a son importance pour construire un dossier recevable.

Droit de préférence : un champ d'application recentré

La loi recentre également le droit de préférence dont bénéficie le locataire en cas de vente amiable des murs du local qu'il occupe.

Pour les ventes intervenant à compter du 26 mai 2026, les locaux à usage exclusif de bureaux ou d'entrepôts sont désormais explicitement exclus de ce droit — privant certains locataires d'une protection qu'ils pensaient acquise depuis la loi Pinel de 2014.

À l'inverse, le champ d'application du droit de préférence est clarifié pour les autres locaux, ce qui devrait réduire les contentieux liés à son interprétation.

Ce que cela change concrètement

Pour les commerçants et artisans

L'enjeu n'est plus seulement de trouver les fonds : il faut constituer, avant l'audience, un dossier qui répond précisément aux deux conditions nouvelles. Un prévisionnel préparé à la hâte, ou un loyer courant repris trop tard, suffit désormais à faire échouer une demande de délai — avec à la clé la résiliation du bail et l'expulsion du local.

Ce contentieux se prépare en amont, pas à l'audience. L'intervention précoce d'un avocat devient déterminante plutôt qu'accessoire.

Pour les propriétaires-bailleurs

La vente d'un local commercial impose désormais de vérifier avec attention si le local entre encore dans le champ du droit de préférence avant d'engager toute cession.

Besoin d'un accompagnement ?

Ces évolutions rendent l'anticipation plus importante que jamais, que vous soyez locataire en difficulté ou bailleur en cours de cession. Le réseau d'avocats vérifiés de Causélis, spécialisés en droit des baux commerciaux, peut évaluer votre situation avant toute échéance et vous accompagner dans la constitution de votre dossier.

FAQ - Questions fréquentes

Qu'est-ce que la clause résolutoire dans un bail commercial ?

C'est la clause qui permet au bailleur de faire constater la résiliation du bail en cas de loyers impayés, après un commandement de payer resté sans effet.

Depuis quand les nouvelles conditions s'appliquent-elles ?

Depuis le 28 mai 2026, en application de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, publiée au Journal officiel le 27 mai.

Quelles sont les deux conditions pour obtenir un délai de paiement ?

Il faut, de façon cumulative, justifier de sa capacité à régler la dette locative (via un compte d'exploitation prévisionnel ou une attestation d'expert-comptable) et avoir repris le versement intégral du loyer courant avant la date de la première audience.

Faut-il aussi avoir réglé les charges courantes pour obtenir un délai ?

Non. La lecture stricte du texte n'exige que le règlement du loyer, pas celui des charges courantes.

Le droit de préférence du locataire est-il aussi concerné par la réforme ?

Oui. Pour les ventes intervenant à compter du 26 mai 2026, les locaux à usage exclusif de bureaux ou d'entrepôts sont désormais explicitement exclus du droit de préférence.

Que risque un locataire qui ne remplit pas les deux conditions ?

La résiliation du bail et l'expulsion du local.